L’école à l’ère du numérique

A la rencontre de Frédéric, professeur de CM1 à Paris.

Frédéric est enseignant depuis 2000 et utilise les outils numériques depuis 2015. Il a suivi deux sessions de formation avec ses collègues pour utiliser le tableau numérique. A cette occasion, il a découvert tout un univers didactique et pédagogique sur Twitter. A présent, en plus de l’usage du tableau numérique, il anime un blog de classe et gère un compte Twitter alimenté pour partie par ses élèves. Sa classe participe à de nombreuses activités didactiques en ligne. Elle utilise essentiellement des tablettes.

 

enfant au tableau numérique

 

1. Quel est votre usage du numérique : rythme, horaires, activités ? 

Tout d’abord, je précise que l’usage du numérique est un outil supplémentaire à destination des élèves et des parents. Toutes les informations présentées sur le blog sont également disponibles au format papier dans les cahiers de leçons, le tableau de bord (sorte de cahier de textes mais hebdomadaire) et cahier de correspondance. Les vidéos des leçons postées sur le blog constituent une entrée supplémentaire et non obligatoire pour les élèves lors de la phase d’apprentissage à la maison.
De même, ceux qui le souhaitent peuvent nous suivre librement sur Twitter.

 

Du point de vue de la fréquence, c’est assez variable en fonction des activités.

En premier lieu, tous les midis, deux élèves désignés par quinzaine, assurent la lecture et la rédaction des tweets du compte de la classe. L’un des deux rédige un résumé du travail de la matinée, tandis que l’autre lit et répond aux questions. Dernièrement, une question concernait le cahier de classe. Doit-on nécessairement y raconter ses vacances ? L’élève aux commandes répondra à son correspondant que le cahier de classe (support papier !) est un espace de partage où l’on raconte ce qu’on a fait, le mercredi, le week-end, les vacances etc.

 

Par ailleurs, la classe participe à des événements sur Twitter :

Tout d’abord la Twictée, à raison de 7 par an, sur une période de 3 semaines. La classe s’inscrit pour chaque session et l’équipe organisatrice désigne quelles classes travailleront ensemble. Chaque groupe occupe tour à tour le rôle de scribe (écrire la dictée) et de miroir (corriger la dictée d’une autre classe). Chaque enfant est au moins passé une fois pour tweeter son twoutil (explication orthographique). Il y a désormais plus de 1 000 classes inscrites au projet Twictée.

Ensuite, nous menons sur l’année le projet #Clément Aplati.

Après avoir lu le roman Clément Aplati de Jeff Brown (Gallimard Jeunesse), les classes participantes fabriquent leur propre Clément Aplati et lui inventent une histoire originale. Les Cléments et Clémentines ainsi obtenus sont envoyés par la poste aux classes inscrites au projet. Il y en a dans toute la France, mais également dans l’espace francophone (voir le projet #AplatiTour).
Une fois arrivés à destination, les élèves hébergent les figurines dans leur classe et chez eux où ils les prennent en photo. Ils découvrent des clichés de leurs rejetons de papier sur le compte Twitter de la classe. On les retrouve au parc, au cinéma, sur la plage, en forêt etc. C’est l’occasion de découvrir d’autres réalités, d’autres quotidiens.

 

Clément aplati dans une enveloppe

De plus, les CM1 participent à certains événements du calendrier sur Twitter :

  • #DéfiMulti qui propose des activités variées (vidéo, photo, rédaction) dans tous les domaines (histoire, maths…) sous la forme d’un calendrier de l’Avent.
  • #DéfiFrancophonie lors de la semaine de la francophonie
  • #SPME2018 (Semaine de la Presse et des Médias) organisée par le CLEMI

Enfin, ma classe participe à des événements plus ponctuels comme :

tablette numérique

2. Pourquoi favorisez-vous l’approche numérique ?

J’avais envie d’avoir plusieurs cordes à mon arc, de varier les approches pédagogiques et de permettre aux élèves d’aborder le numérique au plus tôt pour être formés à son usage avant le collège. On constate qu’à partir de la 6ème beaucoup d’enfants se retrouvent dotés d’un smartphone. Une éducation aux usages du numérique, et aux réseaux sociaux en particulier, s’impose avant que les enfants n’y soient plongés sans arme.

 

3. Quelles sont les réactions des élèves et des parents face au numérique ?

Les réactions sont très positives des deux côtés. A l’occasion de la la réunion de début d’année avec les parents, j’explique les projets de la classe et je réponds aux questions. Jusqu’à présent, tout s’est très bien déroulé et personne n’est venu se plaindre ! Les parents qui souhaitent que leurs enfants n’apparaissent pas dans les publications le spécifient par écrit dès la rentrée. Les visages sont masqués et les identités modifiées. Cela ne pose pas de problème et je respecte totalement ce choix.

 

4. Quels sont les avantages et inconvénients des outils numériques ?

Je vois essentiellement des avantages ! Et pour moi, le plus important d’entre tous est le partage. Au début, je pensais que Twitter n’était qu’un fil d’actualités, mais il s’agit d’une salle des profs gigantesque ! Nous communiquons, partageons, échangeons nos idées, nos projets, nous découvrons ceux des autres. Cela donne des idées, des envies d’entreprendre. C’est très stimulant.
En revanche, il faut admettre que cela prend pas mal de temps et nécessite un investissement personnel. Surtout au début, quand on se familiarise avec les outils et que l’on crée les siens ! Maintenant, je suis plus efficace et je sais de quoi j’ai besoin pour travailler. Le recours au numérique et à Twitter ouvre des possibilités infinies ! Et je me remets sans cesse sur l’établi…

 

5. Ces outils sont-ils perçus comme une aide ou une contrainte par les enfants ?

Les enfants ont pris l’habitude de travailler avec les tablettes et ne se posent pas de question. C’est devenu un réflexe autonome. Ils visent un but et l’usage de la tablette est un moyen pour y arriver. Chaque enfant, même en difficulté scolaire ou présentant un handicap, vit comme une expérience positive l’usage du tableau numérique ou de la tablette. De plus, je remarque que les élèves participent davantage. Ils lèvent plus volontiers le doigt pour aller au tableau depuis qu’il est numérique ! Par ailleurs, certains élèves à besoin spécifique décuplent leur attention face à une vidéo de leçon et mémorisent plus volontiers son contenu. C’est très encourageant pour eux.

 

enfant utilisant un tableau numérique

6. Comment enseigner l’utilisation (technique) et l’usage (contenu et règles) de ces outils ?

Dès les premières semaines de cours, j’insiste sur la charte d’usage de Twitter : écrire sans faute, respecter le droit à l’image, faire vérifier par mes soins etc. J’encadre les élèves du début à la fin de la rédaction des tweets. Ils savent ce qu’est une balise, ils vérifient l’orthographe et respectent la confidentialité des données.
Du point de vue de la technique, la tablette ne pose pas de problème particulier. C’est vraiment l’outil multimédia idéal et facile d’accès pour les élèves.
Par contre, l’utilisation des ordinateurs fait l’objet de séances en salle informatique, à raison d’une fois par semaine. On est dans le cadre du cours de technologie. Dans ma classe, j’ai opté pour l’utilisation du logiciel Word dans la mesure où les élèves rédigent en fin d’année un journal. L’apprentissage de Word s’intègre donc dans un projet spécifique et se présente comme son outil majeur.

 

7. Quels sont les gains du point de vue des apprentissages ?

Il est difficile de quantifier les retombées de l’usage du numérique. Je ne peux pas vous dire si les élèves ont amélioré leurs résultats. Mais je peux vous dire que moi j’ai changé ma façon de voir les choses, ma façon d’enseigner. En voyant les élèves travailler sur ces différents projets, j’ai mieux compris comment ils apprenaient et donc comment je pouvais les aider. En particulier, le travail en groupe, la concertation entre pairs est un formidable outil pédagogique qui permet de travailler de nombreuses compétences. Les élèves débattent, exposent leurs idées, se corrigent et progressent dans leur réflexion et ce dans tous les domaines : maths, français, sciences, histoire… Le bilan est donc tout à fait positif !

 

8. D’autres projets numériques en perspective ?

Absolument ! J’ai deux projets qui me tiennent à coeur.
Tout d’abord, le projet de classe inversée. Je participe d’ailleurs au Congrès de la classe inversée les 29, 30 juin et 1er juillet prochains organisé par l’Université Paris Descartes. Le principe de la classe inversée c’est de donner aux élèves des documents (une vidéo) présentant une nouvelle notion, d’évaluer ensuite par un questionnaire ce qu’ils ont compris et d’établir dans un second temps une différenciation pédagogique pour aborder cette notion. A chaque étape, on peut avoir recours au numérique. Les élèves ayant déjà acquis la notion peuvent réaliser une capsule vidéo où ils expliquent et montrent eux-mêmes comment on fait pour tracer un angle droit par exemple.
Le second projet que je m’apprête à lancer dès la rentrée prochaine est une radio numérique. C’est un projet vaste et très porteur du point de vue des apprentissages ! Encore une fois, c’est grâce aux nombreux échanges avec des collègues sur Twitter que j’ai pu mûrir cette idée et lui donner vie prochainement.

 

9. Un outil que vous adorez et facile d’utilisation ?

C’est Genially. On peut tout faire avec, c’est un outil incroyable et gratuit en plus ! Il m’a permis de créer de nombreux documents de synthèse des projets pour le blog.
Un grand merci à Frédéric pour le temps qu’il m’a consacré et les nouvelles pistes de réflexion qu’il a ouvertes. J’espère pouvoir revenir dans sa classe l’an prochain pour en savoir plus sur ses nouveaux projets !

 

Retrouvez le point sur les programmes et l’enseignement des TICE dans Le numérique à l’école : enseigner les TICE.

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