Enseigner l’histoire à l’école est-il possible ?

A quoi sert l’histoire dans l’éducation des élèves ? Pourquoi cette discipline pose-t-elle problème au législateur ? Comment les enseignants mettent-ils en oeuvre les programmes ? La réflexion sur l’enseignement de l’histoire est ouverte. N’hésitez pas à mettre votre grain de sel dans les commentaires.

La crise de l’enseignement de l’histoire

L’enseignement de l’histoire à l’école ne devrait pas faire polémique. Pourtant, cela fait quelques années maintenant que les enseignants du secondaire ont le sentiment d’être considérés comme les tenants d’une sous-matière inutile et barbante pour les élèves. De l’instrumentalisation forcenée pour faire du passé un message politique à l’indifférence la plus crâne, la discipline historique souffre de trop ou pas assez d’intérêt de la part des politiques.

Face aux nouvelles technologies et à l’heure où les médias inondent tous les supports d’informations en continu, l’histoire parait reléguée aux temps des grands-mères. Et pourtant son enseignement est fondamental à la formation des jeunes. Et tout commence dès l‘école primaire.

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L’histoire est une discipline scientifique

Les professeurs des écoles sont obligés de respecter les dernières directives en matière de programmes et ceux-ci changent (trop) souvent… Ainsi, il ne s’agit pas de choisir ou de picorer ça et là des thèmes qui plaisent, mais bien réellement d’enseigner une matière. Tout comme les sciences, l’histoire est une discipline guidée par une démarche scientifique stricte qui ne se cantonne pas à l’accumulation de connaissances. De fait, il faut rendre intelligible un ensemble de témoignages et preuves du passé. Ainsi, le temps présent est un aboutissement, une réaction à des tendances, des faits et des influences hérités des siècles passés. Et c’est cela que les enseignants doivent faire passer comme message aux générations futures. Tout comme il est crucial de savoir lire pour se repérer dans le monde qui nous entoure, connaitre et comprendre le passé participe de la même logique.

Les programmes d’histoire pour le cycle 2

Le CE2 dispensé d’histoire, mais incité à questionner le monde

Si vous voulez vous faire une idée par vous-même des programmes d’histoire, consultez le PDF du BO spécial du 26 novembre 2015 pour les cycles 2, 3 et 4. Vous allez avoir du mal à retrouver l’histoire pour le CE2. Et pour cause, la discipline a disparu avec  la refonte des cycles. Désormais, le CE2 fait partie du cycle 2 qui prévoit de « questionner le monde« . Sous cette appellation fourre-tout, on trouve des éléments scientifiques, géographiques, historiques et technologiques. Je dis « fourre-tout » à escient, car la littérature et les mathématiques ne permettent-elles pas elles-aussi de questionner le monde ?

Ainsi, le choix des thèmes abordés est largement laissé à l’appréciation des enseignants, puisque les élèves de cycle 2 doivent questionner le temps

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De l’incapacité des élèves à appréhender les concepts historiques

Qu’est-ce que cela signifie ? Grosso modo, on part du principe que les élèves sont incapables d’appréhender la discipline historique car ils n’ont pas une représentation suffisamment claire du concept de temps. D’ailleurs, les programmes insistent sur la maîtrise des outils de mesure du temps : calendriers, emploi du temps, horloge, frises etc.

L’étude du passé proche comme porte d’entrée vers l’Histoire

Désormais, les programmes incluent les CE2 dans la phase de découverte du temps qui passe. Ainsi, ils rejoignent les plus jeunes de CP et CE1 qui abordaient auparavant l’histoire sous l’onglet « Découverte du monde ».

En effet, l’idée est de partir de temps proches, celui des générations précédentes, pour favoriser l’appréhension du passé. C’est le temps des grands-parents et arrière-grands-parents. De cette manière, les enfants doivent constater qu’on ne vivait pas de la même façon il y a 20, 50 ou 100 ans en arrière.

Tout d’abord, les enfants réalisent un arbre généalogique. Ensuite, ils effectuent des sorties dans le quartier pour observer les traces du passé à travers le patrimoine architectural. Plus ponctuellement, ils étudient des textes, des tableaux, des photos, des vidéos etc. comme témoignages du passé.

vue du château de versailles

Grande et petite histoires pour susciter l’intérêt des élèves

Par ailleurs, pour les CE2, on prévoit de mettre davantage l’accent sur des personnages « grands et petits, femmes et hommes » à replacer dans les grandes périodes historiques. Reste à définir lesquels… On peut toujours se référer aux ressources d’accompagnement éditées par le MEN qui en donnent une liste indicative. Par exemple, pour le thème 2 « Le temps des rois » en CM1, sont retenus Louis IX, François 1er, Henri IV et Louis XIV.

Enfin, ce qu’il faut retenir c’est que l’enseignement de l’histoire n’est plus exclusivement chronologique, mais privilégie une thématique, une période courte, un personnage. Ainsi, on espère que les enfants mémoriseront mieux les connaissances de base.

Les programmes d’histoire pour le cycle 3

L’enseignement de la discipline historique débute au cycle 3 avec des objectifs assez flous. Qu’est-ce qu’est sensé recouvrir, je cite, des « compétences et des connaissances qu’ils (les élèves) pourront mobiliser dans la suite de leur scolarité et de leur vie personnelle » ? De fait, les compétences travaillées reprennent plusieurs domaines du socle (1, 2 et 5) puisqu’elles sont liées à la lecture, la compréhension et l’interprétation des textes, la capacité à restituer à l’oral, à débattre, à argumenter, à vérifier et à travailler en groupes.

Par ailleurs, le numérique est très présent comme outil, à condition d’en faire un usage raisonné et de vérifier les sources en ligne.

L’objectif principal vise l’acquisition de repères historiques communs pour construire une perception de la longue durée. Les repères annuels de programmation sont disposés en trois thèmes :

  • avant, pendant et après les rois pour les CM1 ;
  • la République, l’ère industrielle et les guerres mondiales jusqu’à l’Union européenne pour les CM2 ;
  • humanité et migrations, croyances et citoyenneté antiques et empire romain pour les 6ème.

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Disparition de l’étude par période historique

Le premier constat qui s’impose est la disparition de l’étude par les périodes historiques. Celles-ci sont utilisées comme un outil pour se situer dans le temps, mais ne font pas office de découpage du programme. Le législateur a voulu donner un sens immédiatement accessible au contenu des instructions officielles. L’approche purement chronologique s’efface au profit de thèmes ou tendances lourdes.

Quel angle d’approche pour la discipline historique ?

Cette démarche montre combien le choix du bon angle d’approche de la discipline historique pose problème. La question sous-jacente est « à quoi ça sert tout ça ? ». Qu’est-ce qu’on vise en enseignant l’histoire aujourd’hui ? Cette question pertinente et complexe n’amène pas qu’une seule réponse. Fondamentale et cruciale pour la formation des futurs citoyens, la question de l’utilité de l’histoire perturbe son enseignement lui-même.

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Que transmet l’histoire aux jeunes ?

En général, les professeurs d’histoire sont extrêmement frustrés. Ils savent combien leur discipline est précieuse pour éveiller les consciences. Les enseignants ont à l’esprit que tous les savoirs qu’ils transmettent ne sont pas figés mais sont des outils de réflexion. Ainsi, ils ont toujours l’espoir que les élèves s’empareront des connaissances pour reconsidérer leurs opinions, modifier leurs attitudes et se comporter en citoyen responsable et respectueux des autres.

Quel sens donner à la pratique historique ?

Pratiquer l’histoire c’est être curieux, c’est s’approcher de la vérité en collectant des preuves vérifiées scientifiquement. C’est adopter une démarque de chercheur, considérer et interpréter les faits à l’appui de documents authentiques. C’est aussi accepter ce que l’on trouve et non le transformer à sa guise. Pour utiliser une comparaison cinématographique, imaginez-vous dans la peau de Taylor (Charlton Heston) dans la Planète des singes. Longtemps, le personnage ignore ou fait semblant d’ignorer que la Terre a été détruite par la bombe H, jusqu’à ce qu’il tombe sur un fragment de la statue de la liberté, preuve irréfutable de la folie des hommes.

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Rendre l’enseignement de l’histoire vivant

J’utilise à escient cette comparaison, parce que justement le jeu de rôle, le théâtre, les arts vivants et arts graphiques ont une grande part à jouer dans la transmission des connaissances historiques à l’école. Aussi éloignés soient les faits étudiés, ils ont toujours trait à l’humain et les enfants d’aujourd’hui peuvent tout à fait s’en emparer. Des enseignants l’on bien compris et proposent comme Olivier avec ses CM1/CM2 une comédie musicale historique. Succès garanti ! Les retombées sont très positives pour les élèves qui en fin d’année déclarent l’histoire comme leur matière préférée.

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Les élèves de l’école primaire ont besoin d’une histoire pour entrer dans l’Histoire. Il y a mille et une façons de leur faire découvrir, pratiquer et aimer l’histoire. Leur propre vie ne fait-elle pas elle aussi partie d’une grande et d’une petite histoire ?

Retrouvez l’article sur Olivier dans la rubrique Reportages : L’histoire enseignée par le théâtre. 

Pour aller plus loin : les Cahiers Pédagogiques publient ce mois-ci un numéro intitulé L’histoire à l’école : enjeux (n°546)

 

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