Mort annoncée du cahier de correspondance ?

Outil de communication parents/profs par excellence, le cahier de correspondance pourrait ne plus en avoir pour longtemps à squatter les cartables de nos bambins.

Qu’on l’appelle cahier de liaison ou cahier de correspondance, ce petit cahier remis à votre enfant dès le jour de la rentrée doit l’accompagner toute l’année et rester a priori en permanence dans le cartable. Il apparait comme un document officiel à traiter avec respect de part et d’autre. Et s’il disparaissait au profit d’une version numérique ?

Pourquoi les profs attachent-ils autant d’importance au cahier de correspondance ?

En premier lieu, l’enseignante considère que le cahier de liaison est le garant d’une entente saine avec les familles tout au long de l’année. Ainsi, elle informe les parents de l’actualité concernant la classe (sorties, activités, piscine etc.). De plus, le maître s’engage à prévenir des difficultés et progrès des enfants. En retour, il s’attend à être tenu informé des particularités concernant son élève. A-t-il été malade ? Il y a-t-il des changements le concernant (cantine, horaires de sorties, port de lunettes, etc.) ?

Quid des agendas numériques et autres applis de communication parents / profs ?

A l’heure du tout numérique, le cahier de liaison semble parfois anachronique… Pourtant, peu d’enseignants incitent les parents à communiquer par voie électronique. En théorie, ils pourraient très bien communiquer par courriel puisque l’académie octroie à chacun une boîte électronique, mais elle est peu utilisée pour diverses raisons. La première étant l’accessibilité et l’interface. De plus, collecter et saisir chaque adresse prend beaucoup de temps… Ce système n’est pas opérationnel.

Toutefois, il existe une solution numérique viable. Pour preuve, le succès grandissant d’applis spécifiques. A titre d’exemple, environ 3 500 professeurs en France et à l’étranger utilisent l’application Klassroom (source Les Echos du 29/01/18) . Plate-forme d’échange, cette app convainc de plus en plus d’utilisateurs. Et tord le cou aux idées reçues sur l’absence de communication entre les profs et les familles ! Il existe une réelle et forte volonté d’entretenir un lien entre les enseignants et les parents.

cahier de correspondance et crayons

 

Le format papier encore prédominant

Traditionnellement, la plupart des informations transmises aux parents le sont par la copie des élèves dans leur cahier de correspondance. Les documents « officiels » (factures, règlement intérieur, calendrier) prennent la forme de polycopiés à coller. Dans ce cas de figure, l’enfant joue le rôle de centre de notifications ! C’est lui qui doit dire à ses parents s’il y a un mot dans le cahier.

De plus, en début d’année, les enseignants recommandent aux parents de vérifier tous les soirs ce fameux cahier de correspondance. C’est encore la norme dans la majorité des classes.

Si le recours au numérique facilite les échanges parents/profs, pour autant les élèves ne devraient pas en être exclus. C’est pourquoi certaines classes, comme celle de Frédéric en CM1, ont opté pour Twitter et font rédiger la majorité des tweets par les élèves. Cette option réclame davantage de pratique numérique sur le temps de classe et peut poser des problèmes de confidentialité des données. Côté enseignant, l’investissement en temps est sensiblement le même que le temps consacré à écrire et photocopier les mots à coller.

Par contre, plus on souhaite partager de données de différents formats, plus la maîtrise technique augmente et avec elle le temps de travail et le niveau d’équipement (matériel et logiciels).

Papier versus numérique

Equipement

Le recours au numérique suppose que parents et profs possèdent à minima un smartphone et une connexion. Ce qui n’est pas forcément le cas ou du moins pas de façon régulière ou efficiente. Divers problèmes peuvent perturber l’usage du numérique : absence de réseau, panne de matériel, obsolescence… Tout ringard qu’il est, le cahier de correspondance loge tout le monde à la même enseigne, n’a pas besoin d’énergie pour fonctionner et est entièrement gratuit pour les familles et les profs.

Sélection des informations

Le cahier de correspondance  délivre un minimum d’informations, essentiellement des dates de réunions, de sorties scolaires. A contrario, le numérique offre la possibilité de transmettre des informations quotidiennes sur le travail effectué en classe, des comptes-rendus de sorties avec photos et textes etc. Ainsi, l’enseignant peut ouvrir virtuellement sa classe aux parents. Sa seule limite consiste dans le temps qu’il peut impartir à ce surcroît de travail.

Traces manuscrites et traces numériques

A la différence du cahier de liaison, les informations délivrées sur les réseaux sociaux et blogs s’adressent à tous les parents. Elles n’ont pas vocation à pointer le travail d’un élève en particulier, ni à en donner une évaluation quelconque. On reste dans le domaine de l’information et non de la transmission de données personnelles concernant l’élève.  A l’opposé, le cahier de correspondance sert aux enseignants à prévenir des difficultés éventuelles de l’enfant. Ce type d’information est confidentiel.

De plus, le cahier de liaison sert de trace des échanges entre parents et prof ou directeur. Il peut faire office de référence en vue d’un rendez-vous ultérieur. Dans le cadre de rapports tendus, il permettra de dater des propos, d’établir une chronologie des problèmes rencontrés. Par exemple, un parent découvrant au bout de 6 mois que son enfant a de grandes difficultés en maths ne pourra faire le reproche à la maîtresse de ne pas l’avoir averti, sachant que le cahier de liaison comporte un nombre important de mots et propositions de rendez-vous.

Pérennité des traces

Il arrive parfois que l’élève ou le parent cherche à faire disparaître des mots laissés par l’enseignant. Dans ce cas, il est très facile de montrer que des pages ont été arrachées ou du texte effacé. Pour cette raison, le cahier constitue un outil primordial, difficilement falsifiable… Vous allez vous dire, elle voit tout en noir, mais c’est du vécu !

En ce qui concerne le numérique, il est quasiment impossible d’effacer des données mises en ligne. En revanche, la solution de l’app, en circuit fermé, répond aux exigences de confidentialité des données. La possibilité de contacter les parents individuellement répond au besoin de personnaliser les échanges. A voir comment archiver et exploiter ces échanges pendant et au-delà de la durée de l’année scolaire…

En conclusion, le recours à une application de cahier de liaison numérique répond à toutes les exigences de transmission des informations – rapide, écologique et riche de contenu (textes, photos…) – et de communication personnalisée avec les familles. Voir l’avis sur Klassroom du blog La classe de Define.

L’usage des réseaux sociaux et la mise en ligne de données ne doivent concerner que des informations générales et non opposables aux parties concernées (enfants, parents et profs). Le respect de la vie privée et la confidentialité des données priment sur le partage « intempestif » d’informations.

Débat ouvert sur l’éducation aux médias, à l’honneur la semaine dernière lors d’un colloque international à Bruxelles !

Et vous, vous faites comment en classe ? à la maison ?

2 commentaires Ajoutez les votres
    1. Il est important de rappeler que chacune de nos décisions a des répercussions qui dépassent le périmètre de la classe ou de la famille. Cependant Philippe Bihouix avance deux arguments : l’un écologique, l’autre pédagogique. En effet, l’impact écologique n’est pas négligeable. Mais il ne l’était pas non plus lorsque les écoles se sont dotées de salles informatiques obsolètes avant même d’être utilisées par les élèves. Aujourd’hui, compte tenu du taux d’équipement des foyers, il serait tout à fait envisageable d’avoir recours au matériel de l’élève. Par ailleurs, mon propos s’articulait autour du cahier de correspondance en élémentaire. La plupart des parents possèdent un outil numérique leur permettant de récupérer facilement les informations transmises par les enseignants. Si ce procédé pouvait améliorer le rapport école/famille, alors il faut s’en saisir, car il est urgent de restaurer de bonnes relations entre les parents et les professeurs si l’on veut améliorer l’apprentissage des élèves. D’autre part, l’auteur du Désastre de l’école numérique – Plaidoyer pour une école sans écrans, prend position contre l’usage pédagogique des écrans à l’école, sans toutefois explorer le potentiel du numérique. Il n’est pas question de remplacer les profs, ni de rester visser derrière un écran toute la journée. L’usage du numérique doit être encadré, explicité, collaboratif et créatif. C’est un outil au service de l’apprentissage des élèves qui doit être pensé et optimisé par l’enseignant qui prépare sa séquence. C’est une compétence qui doit être acquise au cours de la formation dans les Espé et tout au long de la carrière. Apprendre à raisonner ses usages numériques à l’école pourrait bien aussi avoir des répercussions positives sur les usages à la maison. Au demeurant, ce sont bien les familles qui ont mis à disposition téléphones et tablettes à leur domicile. L’école a un rôle éducatif majeur à jouer pour responsabiliser les jeunes dans leurs usages du numérique (sensibilisation contre le cyberharcèlement par exemple, sensibilisation aux conduites addictives, vérification des sources et informations glanées sur Internet). Je ne pense pas qu’il soit judicieux d’exclure l’école du terrain numérique, mais au contraire il lui appartient de réinvestir ce domaine pour en tirer le meilleur !

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